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Ces
témoignages ont deux buts :
Diminuer
les préjugés en donnant
un portrait plus fidèle de notre réalité ;
Donner de l'espoir à d'autres personnes
qui, comme nous, sont aux prises avec
des problèmes de santé mentale.
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J’avais 15 ans. La fin de semaine de la fête du travail fut trois jours assez marquants dans l’histoire de ma famille. Mon père nous faisait la bonne surprise de revenir du Labrador où il travaillait comme gérant comptable depuis 1961 pour s’installer définitivement chez nous !
Ma mère entra dans une folie furieuse qui dura trois jours et trois nuits: montant et descendant l’escalier, allumant et éteignant les lumières, hurlant à pleins poumons, cherchant à noircir l’image de mon père.
Avant que j’ai eu le temps de confier à mon père que je l’aimais toujours autant qu’avant, mon père quitta la maison et acheta un petit garage à Repentigny faisant d’une pierre deux coups: s’octroyant un emploi et en obtenant un pour mon frère plus jeune que moi.
Dès la première journée de ma dixième année classique, la méthode, tout allait très bien sur les bancs d’école, à la récréation, sur l’heure du dîner et au retour. Mais une fois rendue à la maison, je sombrais dans la confusion.
Mon frère aîné et ma sœur venaient de quitter la maison pour aller vivre en appartement. Mon autre frère vivait avec mon père. Ma marraine choisit de retourner chez ma grand-mère. Et lorsque mes parents se sont séparés légalement, ma mère m’affirma que je n’avais pas le choix, les petites filles allant avec leur mère, les petits garçons avec leur père.
Je vivais seule avec ma mère qui m’apportait beaucoup de confusion. Lorsqu’on m’appelait au téléphone, ma concentration se rétablissait après quelques secondes, bien que mon frère et ma sœur communiquaient avec moi pour se plaindre de maman qui les avait appelés, sur quoi je n’avais aucun contrôle.
Je n’avais pas le droit d’inviter qui que ce soit, ni de me faire inviter, ce qui n’est pas poli.
Ce petit manège dura deux ans, pour finir en queue de poisson après trois jours de tourment en 1970, soit immédiatement après mon dernier examen de versification.
J’avais terminé mes études avec distinction et fus admise dans les deux CEGEP de mon choix en sciences de la santé.
Je n’ai pas tout de suite consulté, mais j’étais consciente en tant qu’étudiante en sciences de la santé que mon rétablissement me coûterait environ 25 ans selon l’état des choses en ce temps-là.
Cela pris en fait 30 ans, et un nouveau médicament sur le marché avant d’émerger des dédales de la psychiatrie.
Le 13 juin 1970, il ne me restait plus qu’une seule personne à qui je pouvais me confier normalement: c’était mon frère aîné.
La première idée qui m’est venue à l’esprit fut de vouloir toucher le fond en inventant une conversation hurluberlue avec lui.
Quoique deux semaines plus tard, je regrettais mon geste: mon frère qui contrairement à moi croyait en l’irrémédiable, ne voulut plus m’adresser la parole, ou si peu. Jusqu’alors il avait été mon principal compagnon de jeu et se retrouvait consterné.
Avec son aide, peut-être que quelques années auraient suffit. Je ne lui en fais aucun blâme, car il a le droit de croire à l’irréfutable et moi le droit d’avoir cru qu’il me fallait toucher le fond.
Je n’ai pas non plus consulté à ce moment-là. Il me restait quelques atouts dans mon jeu et je voulais prendre le temps de les jouer.
Il y a à peine deux ans, je me sentais un peu comme un chat échaudé, bien que le soleil commençait à poindre dans ma vie. Je ne voulais plus me baigner dans le contexte de la maladie. Cependant, la maladie peut être très enrichissante et on ne peut pas se passer de s’en servir pour grandir et communiquer, pour profiter de ce soleil justement qui pointe à l’horizon.
J’observe le vent qui souffle dans les voiles de CAMÉÉ, j’admire la vie qui fourmille à travers les diverses activités, la joie qui en ressort, la satisfaction d’avoir fait du bien et de se sentir revalorisée.
Délicatement, j’ai appris à me saucer graduellement et à ressortir de l’eau ravigotée, à dérider un peu le monde autour de moi et à prendre des forces qui me plaisent à communiquer, pour cette grande épaule qui est CAMÉÉ.
Au pied de l’arbre d’automne, j’ai vanté le vent, j’en ai fait un bouquet qui frissonne et qui sent ce parfum du printemps.
Joa
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