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Nous
sommes satisfaits du principe général du plan daction sur la transformation des
services de santé mentale et nous aimerions que ce principe ne soit pas une simple
promesse, mais quil serve à changer des pratiques qui nous enlèvent notre
dignité, ne respectent pas la confidentialité, nous empêchent de choisir librement les
ressources dont nous avons besoin et nous privent du droit de refuser ou de consentir aux
soins.
SUIVI DANS LA COMMUNAUTÉ
La mise en
place de programme de suivi dans la communauté ne doit pas se faire en fonction des
besoins des hôpitaux qui veulent garder le contrôle des ressources et préserver les
emplois, mais pour répondre aux besoins des usagers et usagères qui vivent dans la
communauté. La mise en place de programmes de suivi intensif (modèle PACT) devient une
voie privilégiée par les hôpitaux pour répondre à la commande de transformation de
leurs lits en services communautaires. L'implantation de ces nouveaux programmes entre en
compétition avec le développement des ressources de suivi communautaire (OSBL) dont la
création a d'ailleurs souvent précédé le " Plan de transformation ".
Pourtant, il en coûte moins cher de financer convenablement les groupes communautaires de
suivi que de créer de nouveaux services qui nont pas réellement fait leurs
preuves. Aux États- Unis, le PACT na pas été soumis à une évaluation rigoureuse
et les usagers et usagères nont pas été consultés.
Nous ne voulons pas de suivi
intensif dans la communauté (modèle PACT) pour les raisons suivantes :
-
Cest un cordon ombilical qui nous relie
toujours à lhôpital et qui nous confine au rôle de malade dans la communauté ;
-
Nous ne voulons pas être contrôlés comme des
prisonniers en libération conditionnelle et être pointés du doigt par nos voisins et
nos amis qui verraient ces visiteurs imposés par lhôpital entrer et sortir de
notre logement ;
-
Ce programme nous fait penser à une curatelle
déguisée, il ne nous aiderait pas à régler nos vrais problèmes et servirait plutôt
à les cacher (pauvreté, isolement, etc.)
-
Nous ne voulons pas être ramenés à lhôpital
lorsque nous refusons de faire notre ménage, prendre nos médicaments ou aller faire
lépicerie tel que prescrit par une équipe dintervenants. Nous voulons avoir
le droit à notre vie privée comme tout autre citoyen.
Nous désirons que le suivi
communautaire et alternatif déjà en place dans la communauté soit mieux financé afin
de répondre à nos besoins dans le respect de notre autonomie et de notre dignité.
Intervention en situation de crise
disponible en tout temps
Les
centres de crise doivent changer leur façon de nous accueillir et développer une
meilleure écoute. Nous avons souvent limpression de nous retrouver devant des
militaires au lieu dintervenants en santé mentale. Nous ne voulons plus nous faire
harceler à la confidence par 3 ou 4 intervenants à la fois. Nous ne pouvons pas nous
sentir en confiance devant un carrousel dintervenants, en ce sens, nous ne croyons
pas être différents de toute autre personne qui fait appel à un thérapeute.
De plus,
étant donné quune personne suivie en psychiatrie ne peut exprimer son
ressentiment, sa colère ou sa peine sans quon y associe son diagnostic, nous
demandons quun intervenant spécialisé en santé mentale soit disponible lorsque
les policiers sont en présence dune personne en détresse émotionnelle.
Lexpérience a démontré que lintervention des policiers aggrave le problème
et quune intervention moins menaçante permet souvent de désamorcer une crise
provoquée par un conflit familial, conjugal, etc. La présence dun intervenant
spécialisé en santé mentale éviterait quune personne soit conduite contre son
gré à lurgence de lhôpital lorsque son état ne loblige pas.
LE SOUTIEN POUR LA RÉPONSE AUX
BESOINS DE SUBSISTANCE
Lamélioration
des conditions de logement est un facteur évident de réduction du stress et, par là, de
support à une meilleure santé mentale. Nous réclamons des logements sociaux.
Néanmoins, il sera utile de prévoir plus dhébergement transitoire et de logements
supervisés. Il faut prendre garde au seul développement des ressources
dhébergement intermédiaires, car elles gardent les personnes dans le giron du
système hospitalier. Nous craignons le développement de petites ailes hospitalières
(ressources intermédiaires et résidences daccueil) avec berceuses et dosettes à
lavenant et où les usagers sont presque totalement pris en charge au détriment de
la reconquête de leur autonomie. Or, ce qui est visé cest de nous soutenir dans
notre insertion réelle dans la communauté et non de nous confiner à une adresse civique
entre deux hospitalisations.
Ceux et
celles qui vivent en résidences daccueil privées ou subventionnées se plaignent.
Dans certaines résidences daccueil, la personne na pas la clé de la maison,
dans dautres on sert régulièrement des sandwichs au baloney au lieu de repas
équilibré, on interdit de fumer dans la maison obligeant ainsi la personne à aller
dehors pour fumer même en hiver, elles sont souvent confinées à leur chambre et au
salon. Comment maintenir sa santé mentale dans de telles conditions ?
Le traitement dans la communauté
Les
usagers et usagères qui fréquentent les hôpitaux de jour le font parce que le
psychiatre les y oblige non par choix personnel ou pour répondre à leur besoin.
Nous
consultons rarement les médecins de familles pour nos problèmes de santé mentale et les
C.L.S.C. nous retournent à nos intervenants psychiatriques même lorsque nous faisons
appel à eux pour des problèmes sociaux.
Les
cliniques externes de psychiatrie sont utiles pour le renouvellement et lajustement
des prescriptions, mais très peu offrent le support quil nous faut pour retrouver
nos moyens.
Pour
nous aider à soulager nos souffrances et à retrouver nos capacités, nous allons dans
les organismes communautaires et alternatifs parce quils sont à notre écoute et
répondent à nos besoins. On peut aussi y vivre lentraide et le témoignage de nos
pairs nous aide à retrouver lespoir de sen sortir.
Lhospitalisation
Nous
voyons lhospitalisation comme notre dernier recours : pour répondre à un
besoin dêtre protégés et pris en charge non pour y être traité. Le personnel
devrait être plus doux, plus compréhensif et être à notre écoute. Les doses massives
de médicaments et la contention nous nuisent et nous devons nous rebâtir après chaque
hospitalisation.
Les
services offerts actuellement dans les hôpitaux ou les ailes psychiatriques ne nous
aident pas à récupérer notre santé mentale. Ils servent plutôt à protéger lorsque
nous sommes dangereux pour nous-mêmes ou pour les autres. Nous croyons quils
devraient sen tenir à ce rôle puisquils ont échoué dans le traitement.
Pour
obtenir un traitement efficace, nous voulons que les hôpitaux et les ailes psychiatriques
soient remplacés par des maisons de type familial avec chambres individuelles, cuisines
communautaires, salles communautaires et espaces thérapeutiques. Par espaces
thérapeutiques on entend : salle de défoulement, piscine, bain tourbillon, sauna,
jardins, etc.
Une
équipe de psychiatres, infirmières et thérapeutes (psychologues, etc.) créatifs,
ouverts au changement et capable de chaleur humaine serait sur place. Les médicaments ne
seraient pas le moyen privilégié mais un moyen parmi tant dautres comme
lergothérapie, la psychothérapie ainsi que dautres formes de thérapies
douces pour aider à la relaxation et à lexpression des émotions. La contention
devrait être remplacée par des salles de défoulement où nous pourrions aller librement
y exprimer une souffrance trop envahissante que les mots ne suffisent pas à décrire ni
à apaiser.
Nous sommes conscients que cette
" Maison de la santé " nest pas pour demain. Cependant, nous
croyons avoir droit à un vrai traitement lorsque notre univers chavire et nous oblige à
consulter.
Lentraide
Un
groupe dentraide nest pas un service traditionnel, cest un projet
collectif dauto-prise en charge. Les membres y recouvrent leur sens de la
citoyenneté en partageant leur expérience commune, en sémulant les uns les
autres, en se soutenant mutuellement et en se dotant dune parole publique. Les
bénéfices, en termes de réduction de lutilisation des services institutionnels,
sont assez bien documentés. Lentraide réduit les effets nuisibles pour la santé
mentale que sont la pauvreté (échanges de services), la solitude (re-création dun
réseau social) et lexclusion (appartenance à un groupe positif et activités
utiles). Mais pour réussir, nous ne devons pas devenir les déversoirs du trop plein des
institutions et nous transformer en arrière salle dasile. Or, dans le contexte
actuel, nous subissons de fortes pressions en ce sens. Nous devons demeurer
raisonnablement petits pour permettre la création dune vie de groupe où chacun se
sait et se sent reconnu (nous multiplier, plutôt que de nous engorger). De plus, il faut
reconnaître que la large participation de nos membres à la gestion des ressources est
une forme déducation populaire en soi. Elle ne doit pas être remise en cause sous
prétexte defficacité administrative ou de complémentarité avec les besoins du
réseau. Les groupes dentraide aident leurs membres à briser la solitude, à lutter
contre la pauvreté, à reprendre du pouvoir sur leur vie et à retrouver leur dignité.
Ils développent la confiance en soi, linitiative, lautonomie et nous donnent
le sentiment dêtre importants et utiles.
Le MSSS fait référence aux
Clubhouse comme des groupes dentraide, ça démontre le peu de connaissances des
caractéristiques de ces groupes. Dans un Clubhouse, les membres décident avec les
intervenants des tâches à accomplir et des activités. Un groupe dentraide
implique ses membres dans la philosophie, les orientations et les pratiques du groupe, ce
nest pas le directeur général qui a le dernier mot mais lassemblée
générale des membres. Cest aussi une famille non un lieu intermédiaire entre le
travail bénévole et le travail rémunéré.
Que ce soit pour les groupes
dentraide ou le suivi communautaire, nous déplorons que le MSSS aille chercher ses
modèles aux États-Unis au lieu dapprendre à connaître les ressources
communautaires et alternatives " Made in Québec ". Cette
reconnaissance permettrait dapprécier la créativité des Québécois et
Québécoises uvrant dans ces ressources qui répondent autrement aux besoins
exprimés par les usagers et les usagères qui les fréquentent.
Le Réseau intégré de services
Un réseau intégré de services ne
tient pas compte de la globalité de la personne. On nous compartimente selon nos
problèmes sans tenir compte de notre réalité globale. Cette façon de faire nous
enferme dans notre diagnostic. Un système étanche où notre itinéraire serait toujours
connu et prédéterminé par les spécialistes deviendrait vite aliénant. Cest une
question de santé mentale que de pouvoir décider par soi-même dutiliser un
service plutôt quun autre, davoir le loisir de se reprendre ou de magasiner.
Les réseaux intégrés briment donc notre droit à la diversité des services, à la
confidentialité, au libre choix de la personne, au consentement aux soins et à
laccessibilité des services.
Le réseau intégré de services
ouvre aussi la porte à la carte à microprocesseur que le gouvernement veut implanter
partout dans la province. CAMÉÉ suit le déploiement de cette carte depuis 5 ans. Des
projets pilotes ont déjà été mis en place dans certaines régions. Depuis le 27
septembre 1999, un projet de carte santé à microprocesseur est en place à Laval.
Cest sur une base volontaire pour toute la population, mais déjà on peut constater
que la confidentialité est menacée puisque le NIP de lusager peut être
contourné.
Pour toutes les raisons énumérées
plus haut, nous ne sommes pas daccord à ce que les intervenants institutionnels en
santé mentale soient mis en réseau avec dautres services comme la police, les
municipalités, léducation, etc.
Nous ne voulons pas que les
organismes communautaires et alternatifs soient intégrés à ce réseau.
Au lieu de mettre en place des
nouvelles structures dintégration administratives, le MSSS devrait investir dans
linformation du public et la formation des intervenants sur les ressources de leur
milieu.
Assurer la formation des ressources
humaines
Comme lappropriation du
pouvoir est le principe directeur du plan de transformation des services de santé
mentale, nous désirons que les organismes communautaires et alternatifs et les usagers -
usagères participent à lélaboration et à la dispensation de ces formations.
Les services oubliés par le MSSS
Comment peut-on avoir comme principe
directeur lappropriation du pouvoir par les personnes qui utilisent les services et
ne pas prioriser " Laide et laccompagnement dans la défense des
droits " et " Les services spécifiques qui tiennent compte de la
réalité des femmes ? "
Nous demandons à ce que Laide
et laccompagnement dans la défense des droits soient priorisés dans le Plan
daction.
Nous désirons que soit accessible
aux femmes, dans chaque région, une ressource dhébergement dintervention
féministe en santé mentale puisque ce nest pas le modèle institutionnel qui
pourra répondre aux nombreux besoins exprimés par les groupes de femmes.
Allocation des budgets
Le groupe dappui demandait aux
usagers et usagères où nous placerions des budgets nouveaux afin dobtenir les
meilleurs services possible en réponse à nos besoins. Nous terminerons en vous
présentant la priorité que nous avons donnée pour le développement des services. Vous
remarquerez que certaines priorités ne se retrouvent pas parmi celles identifiées par le
MSSS. Les budgets nouveaux serviraient à répondre aux demandes exprimées.
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La création de nouveaux lieux dhospitalisation
en dehors des hôpitaux les " Maisons de la santé "
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Le suivi dans la communauté (suivi communautaire
OSBL)
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Le logement social et lamélioration des
conditions de vie des personnes en résidence daccueil
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Lentraide
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Le traitement communautaire et alternatif dans la
communauté
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Lintervention en situation de crise
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Laide et laccompagnement pour la défense
de mes droits
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Des services spécifiques qui tiennent compte de la
réalité des femmes
Le suivi intensif dans la
communauté (PACT) et les Clubhouse ont été rejetés par tous les usagers et les
usagères.
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