Je ne suis pas une maladie


 

  

Dernièrement, j'ai eu la chance d'assister à un colloque organisé par et pour les utilisateurs de services en santé mentale. Il y avait des participants d'un peu partout au monde, des gens de cœur, des gens pour qui la transformation des services en santé mentale est prioritaire. Lors d'ateliers et de plénières interactives, des ébauches de solutions, des projets déjà en action et d'autres encore à faire ont été discutés. Une des phrases souvent entendues et qui faisait l'unanimité était : " Je ne suis pas ma maladie ". Ce fut pour moi un clin d'œil chaleureux, car mes amis sauront vous dire que c'est mon mot d'ordre préféré avec lequel je leur casse les oreilles depuis des années.

Il y a plusieurs façons d'approcher cette phrase. Je n'en effleurerai que deux dans ce texte.

Il n'est pas facile de revenir à l'essence pure de qui nous sommes en ayant des problèmes de santé mentale. Cela exige de nous une certaine reconnaissance du problème, la volonté et la capacité de porter un regard profond et juste sur notre puissance à agir, sur les raisons qui nous empêchent de le faire et surtout une détermination de vouloir se discipliner pour pouvoir agir et s'accepter plutôt que de réagir et se victimiser. Cela exige aussi de vivre l'ici et le maintenant, de retrouver l'humour perdu et de mettre toute notre énergie, aussi faible soit-elle, à accepter qu'il y a des façons différentes, mais tout aussi valables de vivre sa vie. Il faut aussi voir le thérapeute, la thérapie, la médication, l'aidant et l'intervenant, non comme Dieu le père, tenant d'une vérité sans faille, mais, ainsi que l'insuline pour le diabétique, quelqu'un ou quelque chose qui est là, non pas pour décider à notre place, résoudre nos moindres problèmes, mais plutôt pour nous aider à recommencer à le faire nous-mêmes. Pour cela, il faut tranquillement mais résolument, réapprendre à se servir de nos acquis, nos qualités et même nos défauts (en les transformant bien sûr) pour regagner une indépendance basée sur l'action. Cela nous amènera à être satisfait de nous-mêmes d'une façon qui était, mais aussi plus fièrement que nous le croyions possible.

Le deuxième volet mériterait à lui seul tout un livre et demanderait une révision profonde des services institutionnels en santé mentale. Plusieurs intervenants dans ce milieu sont ou désenchantés ou s'accrochent encore à des habitudes de traitement souvent périmées et archaïques ou encore, à cause de la croissance de la clientèle, sont tout simplement dépassés par les évènements. Je ne doute pas qu'il y ait, dans ce milieu, des gens de cœur, de compassion et d'empathie, prenant le temps de voir l'être plutôt que les symptômes mais, même ceux-la n'ont souvent pas le choix. Il nous impute donc de faire face, de demander des informations sur les médicaments prescrits et leurs effets secondaires, sur les raisons de la prescription, de demander des doses qui ne nous assommerons pas mais nous aidera à continuer avec une certaine énergie et une certaine clarté, de rechercher par tous les moyens d'aider à mettre sur pied et surtout convaincre de leur nécessité, d'autres thérapies ou approches qui nous aidera à être, à vivre le plus pleinement possible. Les intervenants communautaires ou autres peuvent aussi aider à trouver notre rythme et à exploiter notre potentiel à fond pour pouvoir enfin retrouver notre essence, mais pour cela, il faut se détacher de l'image négative et amorphe que nous avons de nous-mêmes et réapprendre à nous aimer.
Parlons-en entre nous et répétons-nous cette phrase, disons là le plus souvent possible, à nous-mêmes et aux autres "Je ne suis pas, tu n'est pas ta maladie".




Loïse Forest

 

 

 

Retour

 "Painting is ©Tom Sierak and used with his permission 
by Moon And Back Graphics to construct this set" 


 





Cette page a été mise à jour le 28 juin, 2004