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Un homme libre
D'abord, j'ai rêvé
de liberté. Je choisissais mes amis ;
j'allais où je voulais.
L'habitude était ma pire ennemie ;
je la chassais à grands coups
d'expériences nouvelles et d'inconnu.
J'ai payé le prix fort : la solitude.
La liberté m'est devenue si insupportable,
que je devais la domestiquer.
J'ai beaucoup étudié, travaillé.
J'ai prévu mon métier, ma compagne, ma maison.
Librement, j'ai choisi les dates de naissances de mes enfants,
leur école, leurs loisirs, leur avenir.
C'était ma liberté, pas la leur.
Ils m'ont claqué la porte au nez.
Leur liberté m'a blessé, alors je me suis protégé.
Dès lors, comme un prisonnier
comptant les jours de sa peine, j'étais enfermé en moi-même.
Je comptais ce que chacun devait me rembourser.
Je comptais mes amis et mes ennemis ;
les biens accumulés, et ceux qui me faisaient envie ;
le bon droit qui était avec moi et les délits que j'avais
commis.
En fait, je comptais les miettes de ma vie gâchée.
Un de mes enfants est revenu me voir un jour.
Pour lui, j'ai abandonné ma comptabilité ancienne.
Alors, comme un esclave libéré,
j'ai respiré joyeusement l'air
que je n'avais plus goûté depuis si longtemps.
Cet air venait d'ailleurs, de lui et de ceux qu'il aimait.
Gratuit, sans limite, heureux, son pardon m'a libéré,
son souffle m'a ranimé.
Biblica (éditions Fleurus)



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