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Il y a cinq ans, j’arrivais à CAMÉÉ. Il me semble que c’était hier.
Francine m’a accueilli. Elle m’a dit: « Tu vas en faire des activités ici ». Elle ne croyait pas si bien dire ! Pour cette première journée de travail, elle voulait que je participe au cours de danse en ligne. Malheureusement, Lisette m’attendait avec d’autres projets.
La première chose que Lisette m’a dit était : « Je te confie mon enfant ». J’ai eu peur, mais je suis resté.
Puis, je devais organiser mon départ pour le colloque de l’AQRP à Drummondville. Pour la première fois, je représenterais mes pairs dans un lieu peu familier, presque hostile. Et le membre qui devait m’accompagner a décidé à la dernière minute de ne plus venir.
Cette journée a été un condensé de ce que seraient mes 5 années à CAMÉÉ.
Au fil du temps, j’ai appris à avoir moins peur. Avec les années, j’ai appris à faire confiance à l’esprit de CAMÉÉ qui veut que malgré tout, nous arriverons à nos fins, peu importe le chemin. Et Dieu sait que ce chemin est parfois tortueux !
Avec la complicité des membres du conseil d’administration, nous avons changé des choses à CAMÉÉ. Il a fallut du courage pour décider de prendre des mesures pour ne garder que les membres impliqués et demander aux membres drop-in de se mettre en action ou d’aller ailleurs pour dormir ou prendre un café.
Je me rappelle le premier CAMÉÉ, ça me regarde que j’ai animé seul. J’aurais tant voulu être ailleurs ! Pourtant, à chaque fois, nous réussissons à faire une programmation équilibrée et qui répond à nos besoins.
Le premier souper communautaire a été toute une expérience. À ce moment, je devait tout mettre de côté le vendredi après-midi pour me consacrer à la cuisine. Le premier spaghetti pour 30 personnes a été une expérience bien particulière. Yves avait des chaudrons de pâtes à différents stades de cuisson un peu partout dans la cuisine, Serge n’avait jamais fait en si grande quantité sa recette de sauce et il n’y avait plus de place pour faire la salade. Et bien sûr, on ne se rappelait plus où était le dessert… Aujourd’hui, on se parle 30 minutes et 2 jours plus tard nous sommes prêts à recevoir 30 membres qui font tous leur part pour le souper.
Ma première année à CAMÉÉ, je l’ai passé assis sur un siège éjectable. J’avais des difficultés à rencontrer les exigences de l’emploi. Plus d’une fois, on a failli me renvoyer. À chaque fois, on m’a fait confiance. Plus d’une fois j’en ai eu assez et j’ai failli partir. À chaque fois, quelque chose me retenait. Le partage d’un but commun, la confiance mutuelle. C’est cela qui fait que j’ai été parmi vous cinq années. Nous avons bâti, nous avons avancé car nous étions ensemble, unis dans un même but.
CAMÉÉ est unique en son genre. C’est une expérience sociale peu souvent tentée et encore moins souvent réussie. Nous avons toutes les raisons du monde de nous asseoir en rond et de pleurer ensemble. Nous avons connu les blessures, nous avons essuyé les injures et reçu des morsures qui auraient pu nous amener à nous apitoyer sur notre sort.
Mais au lieu de cela, nous avons choisi, et nous faisons à tous les jours ce choix difficile de vivre debout. Malgré tout ce qui nous fait trébucher, malgré les médicaments mal dosés, malgré les préjugés et tout ce qui nous a été appris, nous sommes là. Pour nous. Pour nos pairs.
Utiliser ses propres limites pour en faire des outils afin de mieux aider les autres, c’est se jouer d’un destin qui nous a trop vite condamnés. C’est un petit miracle quotidien.
Je retiendrai de mon passage à CAMÉÉ l’exemple du courage de ceux et celles qui veulent s’en sortir. J’apporterai dans mes bagages des images fortes en complicité et en désir de s’en sortir.
Parfois la vie nous appelle ailleurs. Améliorer son sort, se développer et conquérir de nouveaux territoires sont des habiletés que nous développons à CAMÉÉ.
Avancer dans la vie suppose que l’on laisse des personnes derrière soi. Partir est souvent un déchirement. Partir est souvent un risque.
S’il y a des larmes au moment du départ, il y a de la joie a l’idée de revenir.
Vous m’avez aidé à devenir un homme meilleur, plus complet, plus en paix.
Pour ce que les années passées m’ont apporté auprès de vous, pour ce que me réservent celles à venir grâce à ce que j’ai appris de vous, il n’y a qu’un mot trop court, trop simple, mais si sincère.
Merci !
Et au revoir !
Jean-Nicolas
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